Les critiques évangéliques visent l'adoration contemporaine
Par M. Robert R. Redman, Jr.
Dans la suite de la guerre du Golfe persique, on a découvert que plusieurs victimes parmi les Américains et la Coalition n'ont pas été causées par les tirs irakiens, mais par les tirs provenant de leur propre côté. Un patron tragique a émergé à partir de ces cas : les troupes les plus éloignées dans le front de bataille et donc plus près de l'ennemi ont été confondues avec l'ennemi et attaquées.
Un phénomène similaire semble se dérouler dans ce qu'on appelle les "guerres de l'adoration" qui se brassent dans les églises à travers l'Amérique du Nord. Les critiques, plusieurs d'entre elles parmi d'importants évangéliques, visent sur d'autres évangéliques qui défendent une approche plus contemporaine du culte. Comme les Forces américaines et de la Coalition qui sans le savoir ont attaqué leurs propres collègues, ces critiques croient qu'ils font la bonne chose en élevant de hauts standards pour l'adoration chrétienne. Plusieurs des choses contre lesquelles ils s'élèvent doivent être envisagées. Mais ils ont souvent la mauvaise cible dans leur visée. Les innovateurs du culte d'adoration qui devraient recevoir du support et de la critique constructive de la part des érudits et des experts du ministère sont forcés de se défendre eux-mêmes de la part de leurs propres troupes.
Premier quart
Deux obus de grand calibre ont récemment (article écrit en 1995) tombé sur le champ de bataille, lancés par des pasteurs et conducteurs de louange qui pourtant étaient de leur côté : Robert Wenz, Room for God ? A Worship Challenge for a Church Growth and marketing Era (Une place pour Dieu ? Un défi pour le culte dans une ère de croissance d'église et de promotion) (Baker, 1994) et Marva Dawn, Reaching Out without Dumbing Down. A Theology of Worhip for the Turn-of-the-Century (Atteindre les gens sans les aliéner. Une théologie du culte pour le tournant du siècle) (Eerdmans, 1995). La thèse avancée par chacun des livres est essentiellement la même, bien que le ton soit très différent.
Robert Wenz est un chrétien et un pasteur de l'Alliance Missionnaire, alors il n'est pas surprenant de trouver que les considérations pastorales ne sont pas très loin de la surface dans ce livre compact, clair et facile à lire. Wenz est troublé par ce qu'il appelle "l'orientation vers le consommateur" parmi les églises évangéliques dont le mouvement pour la croissance d'églises fait la promotion et la fascination actuelle pour la promotion et le marketing parmi les pasteurs. Il craint que "certaines églises aient été plus loin que d'être sensibles aux non-croyants en les mettant à l'aise au point de violer la vérité biblique".
Cette approche, plaide Wenz, involontairement renforce un "christianisme centré sur l'humain". Centrer les gens sur leurs propres besoins peut attirer une large foule, mais à quel prix ? Les églises qui diluent le contenu biblique du christianisme de façon à attirer un plus grand nombre offrent invariablement un culte qui est centré sur lui-même, mettant l'emphase sur la personne qui est dans la salle. Engager les personnes avec l'Évangile dans des termes qu'elles peuvent comprendre est une chose ; appeler cela un culte d'adoration en est une autre. L'adoration chrétienne est centrée sur Dieu, souligne Wenz, et non pas sur l'être humain.
Wenz encourage les pasteurs et les conducteurs de louange à se poser certaines questions importantes au sujet du culte d'adoration : 1) Adorons-nous le Dieu véritable ? Le piège du culte centré sur l'homme dans lequel certains sont tombés est vraiment une question d'idolâtrie. 2) Est-ce que nous adorons de la bonne manière ? Est-ce que la Bible et 2000 ans d'histoire chrétienne ont une contribution quelconque dans la façon dont nous adorons aujourd'hui ? 3) Est-ce que nous comprenons la nature de la grâce de Dieu durant le culte d'adoration ? 4) Comprenons-nous la fonction de l'adoration dans la vie du croyant et de celle de l'église locale ?
Ce sont des questions importantes, et l'intuition de Wenz le porte à regarder s'il y a un solide fondement biblique lorsqu'il négocie sa manière de voir entre maintenir l'intégrité du culte chrétien et la pertinence contextuelle du culte d'adoration. Wenz n'est pas contre les grandes églises, et il ne dit pas non plus que l'adoration contemporaine dilue nécessairement le culte. Il montre plusieurs églises où il pense qu'il y a un attrait séduisant pour les personnes d'aujourd'hui combiné avec un engagement vis à vis de la vérité biblique et un culte d'adoration centré sur Dieu. Sa cible semble être les "cultes centrés sur les non-croyants" qui sont conçus davantage comme des événements évangéliques plutôt que comme des cultes chrétiens d'adoration.
Deuxième quart
Une approche moins discriminatoire et plus critique est prise par Marva Dawn dans son récent livre, "Reaching Out without Dumbing Down". Elle est une luthérienne, auteure et oratrice. Dawn est moins charitable que Wenz lorsqu'il est question de l'adoration contemporaine. Dans ce livre décousu, pauvrement édité et souvent ennuyeux, elle rassemble chaque argument qu'elle pense être à l'encontre d'une tendance crainte comme représentant l'aliénation par la base du culte chrétien.
Dawn utilise le terme "aliénation" de façon intentionnelle et avec une force idéologique considérable. À la racine, le terme aliénation (dumbing down) réfère à la pratique de rendre les examens de plus en plus faciles à mesure que le temps avance. Par exemple, un examen de lecture pour un étudiant de 9ième année en 1988 est plus facile qu'un examen pour la 4ième année en 1964. Certains théoriciens de l'éducation mettent le blâme pour le problème de nivellement par la base sur la culture populaire. Bombardé de façon constante par les médias et la "gratification instantanée des sens" des jeux vidéos, les enfants sont devenus moins intelligents et apprennent moins que leurs prédécesseurs, les enfants qui regardent beaucoup de télévision ont présentement des cerveaux moins développés. Mis en présence d'enfants ayant moins de capacités, les éducateurs sont forcés à baisser les exigences de façon à ce que les enfants d'aujourd'hui puissent apprendre quelque chose. Le fait que tous les théoriciens ne pensent pas que la culture populaire puisse à elle seule ne puisse rendre les enfants moins intelligents ne semble pas tellement déranger Mme Dawn.
De façon plus significative pour notre propos, Dawn voit un parallèle dans le mouvement de la louange contemporaine. Modifier le culte pour accommoder la culture populaire est "aliéner" le culte chrétien d'adoration. Le processus est une pente glissante, puisqu'introduire l'adoration contemporaine signifie beaucoup plus que d'ajuster nos pratiques de culte aux préférences et patrons culturels actuels, mais c'est une capitulation qui permet à la culture de dicter ce qui est et n'est pas approprié pour l'adoration. Dawn croit que plusieurs églises ont fait un pacte avec la culture contemporaine qui dérobe à l'adoration son habileté à façonner et former le caractère chrétien et à créer une communauté authentique.
Il est important de noter que l'argument de Dawn réside dans une vision négative et sans compromis de la culture populaire enracinée entre autres dans la pensée du sociologiste français, avocat et théologien Jacques Ellul, de l'humaniste Neil Postman et de l'érudit évangélique David Wells. Elle décrit la culture populaire comme la "culture technologique postmoderne des Baby Boomers". La culture de la technologie est dominée par la télévision qui conduit à la passivité, le manque de rationalité, l'esprit de consommation et à des douzaines de gadgets personnels, comme des baladeurs, qui renforcent l'individualisme et brisent la communauté. Le postmodernisme récompense la subjectivité et le relativisme, mais embrasse aussi le cynisme et le désespoir qui a produit le fatalisme et même le nihilisme.
Ces choses sont enracinées dans l'idolâtrie de la culture populaire, par exemple l'efficacité, l'argent, la subjectivité indirecte, la compétition, le succès et la puissance. En se pliant à la culture populaire, les églises qui emploient l'adoration contemporaine acceptent ces valeurs et compromettent l'intégrité de l'Évangile et de l'église. Selon Dawn, "lorsque nous aliénons les exigences de l'église, lorsque nous devenons la proie aux idolâtries de Mammon ou de la puissance, lorsque nous permettons à la paresse ou à l'efficacité de notre culture de nous contrôler, nous servons du diable et permettons aux principautés et aux pouvoirs de pervertir les plans de Dieu pour la croissance du caractère des croyants et pour leur réponse au don de Dieu en allant atteindre un monde qui a besoin d'un véritable Évangile". La culture populaire est alors plus que simplement inappropriée pour l'adoration chrétienne, et est loin d'être neutre, elle est complètement et entièrement anti-chrétienne.
Une attaque implacable
Ce sont des paroles sévères, et quelquefois je me demande si Dawn le pense vraiment. Est-ce qu'elle veut vraiment dire que tout ce qui touche à la culture populaire doit être exclu du culte chrétien ? Elle semble permettre des éléments "contemporains" durant le culte d'adoration, bien que ce ne soit pas défini clairement. Son évaluation complètement négative de la culture populaire et l'antipathie inhérente (et démoniaque) de cette dernière pour l'Évangile et le culte chrétien authentique peut simplement être une hyperbole, une exagération conçue pour mettre l'emphase sur l'importance du caractère et de la fonction de la formation de la communauté par le culte d'adoration.
Je suspecte fortement, toutefois, que Dawn pense exactement ce qu'elle affirme. La plupart de son livre est une attaque constante et implacable contre l'adoration contemporaine, en particulier de la musique contemporaine d'adoration, qui est selon elle, indigne de l'Église. Le titre du livre est trompeur, puisque Dawn n'offre réellement aucune stratégie pour avancer sans "aliéner" ; elle ressemble davantage à une accusatrice qui semble présenter une montagne d'évidences incriminantes et espère un verdict de culpabilité. Dans un des passages, elle s'oppose à la stratégie répandue d'offrir deux cultes, un traditionnel et un contemporain, parce que cela divise l'église : "une telle division permet aussi à une assemblée de discuter au sujet de l'adoration et des types de musique, et écarte une véritable conversation commune au sujet des faiblesses et des forces des différents styles". Il n'y a tout simplement pas de place pour un culte d'adoration pertinent culturellement et contextuellement approprié selon la vision de Mme Dawn.
Il y a certains mérites dans sa critique de la culture occidentale populaire. C'est en grande partie une culture individualiste et centrée sur elle-même, séculière et qui rejette Dieu, simple et anti-intellectuelle. En tant que chrétiens, nous sommes de façon claire des étrangers dans une terre bizarre. Mais la question qui continue à me harceler est : pourquoi notre culture est-elle pointée pour une condamnation entière et totale ? Pourquoi la culture contemporaine diffère-t-elle de manière si fondamentale par rapport aux autres générations ou à n'importe quelle autre culture ?
Un point de vue questionnable
Pourquoi alors est-ce qu'on prévient l'Église d'adapter son culte d'adoration à la culture dans laquelle elle se trouve ? Parce que cette culture est unique, nous dit-on, ses caractéristiques la rendent curieusement impropre pour une mise en contexte au niveau de l'adoration chrétienne. D'autres cultures sont au moins neutres, ou au mieux même positives envers le Christianisme. La nôtre est mauvaise et pernicieuse. Cela semble suspect comme lors d'un cas de plaidoirie spéciale.
Mme Dawn émet son opposition vis à vis de l'adoration contemporaine selon un point de vue questionnable à savoir comment l'Église est en relation avec sa culture aux alentours. En utilisant la fameuse typologie de H. Richard Niebuhr, elle a opté pour le modèle de Jésus-Christ contre la culture. Ainsi, elle voit l'adoration comme destructrice ; l'Église va à l'encontre de la culture, une alternative à son entourage, dans ce cas-ci à la culture populaire occidentale. L'adoration authentique, selon son point de vue, doit demeurer exempte de contamination par la pollution de la culture populaire.
Il y a plusieurs faiblesses avec cette façon de déterminer la relation entre le Christianisme et la culture. Une de celles-là est que cela conduit à une démonisation de la culture populaire qui rend difficile la pertinence culturelle du culte d'adoration, sinon impossible. Une autre faiblesse est la façon que cela empêche Mme Dawn d'apprécier comment les pratiques du culte traditionnel d'adoration se sont historiquement développées. Le culte chrétien a façonné la culture du passé, mais le culte d'adoration a aussi été profondément façonné par la culture. Il ne nous est pas dit dans ce livre à quel point les pratiques de culte qu'elle défend si vigoureusement ont été elles-mêmes importées d'une panoplie de cultures avoisinantes.
Laissés sans options disponibles par les générations précédentes et par les églises vivant dans d'autres contextes culturels, que pouvons-nous faire maintenant ? La solution de Mme Dawn concernant les guerres de l'adoration est simple : les assemblées doivent essayer plus fortement de rafraîchir et de raviver la tradition historique du culte d'adoration : "la plupart des guerres de l'adoration au sujet de la liturgie arrivent parce nous avons failli pendant des années d'enseigner les coutumes et la signification du culte d'adoration". Parce que l'adoration est fondamentalement bouleversante et à l'encontre des activités culturelles, les personnes inconverties doivent être enseignées sur le culte de façon à participer de façon significative. Plutôt que d'offrir un culte d'adoration qui a l'apparence, la sonorité et la sensation de la culture, les gens doivent être exposés à la culture d'adoration de l'Église. Plutôt que "d'aliéner" le culte pour des femmes et des hommes non expérimentés, les églises doivent garder élevé le culte d'adoration et aider les nouveaux à le comprendre et à l'apprécier.
Il est difficile de rater son amour pour le culte historique liturgique. Sa passion pour les pratiques classiques et les hymnes l'amène à une exposition irrésistible de ce qu'est le culte chrétien authentique. J'ai apprécié (et approuve) son emphase sur Dieu comme le Sujet de l'adoration, sur la façon dont l'adoration doit façonner et former notre caractère et la communauté chrétienne.
Mais il est aussi difficile de manquer le dédain de Mme Dawn pour le mouvement contemporain d'adoration. Si elle a trouvé sur le chemin certains exemples positifs de l'adoration contemporaine qui n'aliènent pas, elle ne les mentionne pas. Sa défense passionnée du culte traditionnel semble dégénérer en une protestation élitiste contre l'adoration contemporaine. Son assaut la conduit à ne pas regarder les implications de sa position, et les conséquences de la façon qu'elle encadre les questions dicte le genre de dialogue et de discussion qu'elle prétend vouloir avoir.
De la guerre au réveil
Que pouvons-nous apprendre de la part de ces deux explosions dans la guerre de l'adoration ? Voici simplement quelques observations préliminaires.
Premièrement, nous devons prendre garde aux avertissements de ces livres. Plusieurs pasteurs et conducteurs de louange ne sont pas critiques vis à vis de leur vision de la culture populaire, et ils ne sont donc pas conscients des façons qu'ils compromettent involontairement l'intégrité du culte chrétien. Nous n'avons pas besoin d'être d'accord avec les conclusions de Wenz et Dawn à propos de la signification de la culture populaire pour apprécier l'exactitude de leurs descriptions de celle-ci. Pouvons-nous admettre qu'en tant que pasteurs et conducteurs de louange nous avons fait des erreurs en tentant d'être culturellement pertinent ? Développer un culte approprié dans le contexte actuel est risqué, mais une conscience critique de la culture populaire va écarter plusieurs objections faites à l'adoration contemporaine dans le passé.
Deuxièmement, nous devons repenser la nature et la fonction du "culte centré sur les non-croyants". Les cultes d'adoration et les cultes centrés sur les non-croyants sont des choses différentes, avec différentes approches et différents résultats ; mais plusieurs églises essaient de faire en sorte que les deux se déroulent en même temps. Wenz et Dawn se préoccupent du fait que plusieurs églises offrant un culte chrétien d'adoration éteignent les croyants. Est-ce que nous avons une stratégie de direction de culte qui inclut les besoins de culte de toute l'assemblée ? De la même manière, plusieurs églises découvrent l'impact évangélique du culte chrétien authentique dans une expression contemporaine.
Troisièmement, nous avons besoin de plus de discussion et de données à savoir comment mettre en contexte le culte d'adoration dans un environnement nord-américain. Le théologien allemand Helmut Thielicke a déjà écrit : "l'Évangile doit être constamment transféré à une nouvelle adresse, parce que le récipiendaire change constamment d'endroit de résidence". Il y a beaucoup de littérature sur le "savoir-faire" au sujet de l'adoration contemporaine, mais peu de "savoir-pourquoi". Les missionnaires et ceux qui implantent des églises dans des situations de cultures différentes ont étudié pendant des années comment rendre le culte chrétien pertinent culturellement et approprié au contexte. Nous avons besoin d'apprendre de leur expérience et intégrer ces connaissances à notre contexte. Les pasteurs et les conducteurs de louange ont besoin d'avoir accès à des ressources d'information afin d'apprendre et de discuter au sujet de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas dans notre contexte missionnaire. Cela peut aider à faire avancer les églises au-delà des guerres vers un véritable réveil du culte d'adoration.
Robert Redman, Jr. est professeur assistant de théologie au Séminaire Théologique Fuller. Cet article a été traduit et réimprimé
avec la permission du magazine Worship Leader. Si vous
êtes intéressé à vous abonner à Worship Leader,
S.V.P. appeler 1-800-286-8099. Visitez leurs sites
internet à www.worshipleader.org et www.songdiscovery.com.
|
 |
|